La révolution en marche des «Mr Robo-advisors»

Publié le 25-11-2016 |
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Multi-diplômés, trentenaires, purs produits de la finance... Tel est le profil type des « Mr. Robot » à la française qui ambitionnent de révolutionner le marché de l’épargne en proposant aux petits et moyens investisseurs des solutions « digitales » de gestion d’actifs conseillée (Advize, FundShop et Marie Quantier) ou déléguée (WeSave et Yomoni). Pour Mourtaza Asad-Syed, cofondateur et directeur des investissements de Yomoni, le déclic se produit en 2014 alors qu’il est responsable de la stratégie d’investissements de Société Générale Private Banking. Sa rencontre avec Laurent Girard, un ancien Essec qui a réalisé toute sa carrière dans le conseil en organisation chez IBM Global Business Services et Stanwell Consulting, achève de le convaincre que les algorithmes vont ouvrir les portes de l’investissement à toute une frange de clientèle délaissée par les conseillers en gestion de patrimoine et les banquiers privés. « Sur le plan personnel, j’étais à un tournant de ma carrière, se souvient l’ancien banquier privé qui affiche sur son CV un master à l’Ensea, un DEA de l’Ecole d’économie de Paris et un MBA de l’université de Berkeley. J’avais compris que les grandes structures pyramidales sont rongées par le ‘mythe managérial’. Les profils d’experts n’accèdent plus à des fonctions de responsabilité d’entité ou de pays qui sont désormais accaparées par des profils généralistes et ‘organisationnels’ qui rassurent la hiérarchie. La création de Yomoni a donc été une forme de revanche des experts sur les généralistes, des innovateurs sur les managers, car je me suis appuyé sur ma spécialisation dans l’investissement afin de devenir mon propre patron. »

Intelligence artificielle

Président de WeSave, Jonathan Herscovici s’est, lui, lancé dans l’aventure entrepreneuriale en 2012, en s’associant avec Zakaria Laguel, un ingénieur en mathématiques appliquées de l’Ensiie, titulaire du master en intelligence artificielle de l’université de Manchester. « Notre projet a toujours été de concurrencer les banques en démocratisant la gestion de patrimoine, raconte ce double diplômé du Msc finance de marché de l’ESG et du master 2 gestion de portefeuilles de l’université de Paris Val-de-Marne qui a travaillé pendant deux ans chez Lyxor comme développeur commando sur VBA Excel, puis vendeur de produits de gestion alternative, avant de fonder WeSave. Nous avons donc conçu une plate-forme d’épargne ‘digitale’ qui s’appuie sur des modèles décisionnels issus de l’intelligence artificielle et du ‘big data’ pour piloter la gestion du risque des portefeuilles, sur la gestion de conviction qui intègre l’analyse des marchés financiers de notre équipe de gérants privés, et sur l’expertise de nos conseillers en gestion de patrimoine qui sont là pour accompagner les clients. » A l’instar de WeSave, tous les acteurs français ont en effet choisi de ne pas dupliquer le modèle des « robo-advisors » américains qui misent tout sur l’automatisation de la gestion : tous intègrent dans leur offre de services un conseil à dimension humaine. Certains comme WeSave, Advize ou Fundshop ont aussi fait le choix de commercialiser leur technologie en marque blanche auprès de clients institutionnels comme les plates-formes de CGPI*, les sociétés de gestion, les banques en ligne, les courtiers, les fintech... Ce double positionnement « BtoC » et « BtoB » n’est pas sans incidence sur le profil des équipes. Chez WeSave, qui emploie 20 collaborateurs, se côtoient des univers qui, a priori, n’étaient pas faits pour collaborer ensemble. « Notre pôle IT est composé d’ingénieurs et de ‘data-scientists’ issus des grandes écoles, et de développeurs de l’Ecole 42. Ils sont tous jeunes, plutôt ‘geeks’ et passent leur temps libre sur les jeux vidéo... Au sein de la direction des investissements travaillent des gérants de conviction et des analystes quantitatifs qui ont plus de 40 ans et un esprit très rigoureux. Idem à la direction du conseil financier et patrimonial qui est constituée de trois ingénieurs patrimoniaux ayant travaillé en banque privée ou dans des cabinets de CGPI. » Finalement, ce mélange des genres se révèle fructueux. « Les interactions entre la gestion et l’IT fonctionnent très bien, cela crée même une forme d’effervescence qui contribue au dynamisme de l’entreprise », se félicite Jonathan Herscovici.

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