Travailler avec un handicap, c’est possible chez Deloitte !

Publié le 07-06-2017 |
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Les personnes handicapées ont trois fois moins de chance d'être en emploi que les personnes non handicapées, selon une étude de mai 2017. Rencontre avec Guillaume, Magali et Bilal, trois jeunes diplômés souffrant de handicap ayant réussi leur insertion professionnelle. 

Guillaume Bats, humoriste : "je suis comédien professionnel depuis 2012"

Guillaume Bats, 30 ans, humoriste professionnel, souffre de la maladie des os de verre. // © Julie Caught Maquillage : Charlotte Chenoz

"C'est mon parcours de vie et non des personnes précises qui m'ont amené à faire de l'humour mon métier", explique Guillaume, 30 ans, comédien professionnel depuis 2012, atteint de la maladie des os de verre qui a rendu son corps difforme. Son handicap est aussi une des matières premières de ses sketchs. "Hors cadre" est le titre de son nouveau one-man-show, après "Tous tordus" qui l'a fait connaître. "Je voulais montrer par le biais du théâtre autre chose de moi et être maître de ce que je montre. Dès que j'ai pris conscience que je pouvais générer des rires volontairement et non comme par le passé des rires de gens se moquant de moi, j'ai adoré ça. Et j'ai voulu en faire mon métier".

Difficile de trouver plus résilient que Guillaume Bats. 27 fractures à la naissance, souffrant de la maladie génétique des os de verre, il pousse à 12 ans la porte d'un cours de théâtre à la MJC de Montmirail dans la Marne. "C'est là que j'ai fait mes armes. J'ai fait du théâtre par élimination : je ne pouvais pas faire du foot, ni du rugby ! Et, en cours de théâtre, j'étais heureux : on ne se moquait pas de moi. Ma professeure, Françoise-Hélène Richez, m'a apporté la technique du métier et m'a conforté dans mon désir de devenir comédien".

Un bac littéraire en poche obtenu en 2007, l'humoriste originaire de la Marne "monte" à Paris suivre des études théâtrales à l'université Paris 3 - Sorbonne-Nouvelle. En même temps, il élabore ses premiers sketchs, écume les scènes ouvertes pour tester ses créations et se faire repérer par des professionnels du milieu de l'humour. "Fin 2011, un dimanche soir au théâtre Trévise, lors d'une scène ouverte organisée par le FIEALD, je passe un sketch qui est sélectionné pour faire la vidéo de la semaine, laquelle a fait un énorme buzz. Les producteurs de spectacles ont alors commencé à me contacter". Guillaume participe aussi à l'émission de télévision "On ne demande qu'à en rire" de Laurent Ruquier, ce qui lui permet d'élargir son réseau de professionnels. Le célèbre animateur télé le pousse et l'encourage à se lancer.

Guillaume réécrit alors son spectacle avec Jérémy Ferrari, une vedette de l'humour. "À partir de 2012, il devient un peu mon mentor. D'ailleurs, j'ai la chance qu'il coproduise mon spectacle actuel". Guillaume joue en première partie d'autres vedettes du stand-up comme le canadien Anthony Kavanagh, Michaël Gregorio ou Sami Ameziane alias le Comte de Bouderbala, participe au plus grand festival européen d'humour à Montreux. "Je suis comédien professionnel depuis 2012, date à laquelle j'ai signé mon premier contrat de production", explique Guillaume."J'ai le statut d'intermittent du spectacle : la production me paye". Guillaume estime que pour un cachet d'une heure de représentation, il faut compter douze heures de travail d'écriture, de mise en scène, d'interprétation.

Monter sur scène, jouer la comédie, est une petite épreuve physique pour un comédien dont le corps est l'instrument de travail. Pour Guillaume, il s'agit de redoubler de vigilance et de maîtrise de soi : "Je suis fragile des os et il m'est arrivé de tomber, de me cogner. Tant que ce n'est pas cassé… ça va, je joue. Mais je dois faire gaffe tout le temps !", sourit l'humoriste qui en grand professionnel ne se plaint jamais de son sort. Côté travail, il ne chôme pas : après ses représentations à Paris à l'Apollo théâtre au printemps, il sera sur les planches au festival d'Avignon en juillet prochain.

Magali, responsable des rémunérations chez Carrefour Supply chain : "J'ai plutôt le sentiment d'avoir été traitée comme tout le monde"

Magali, atteinte de surdité profonde, a fait aménager son poste de travail pour pouvoir répondre au téléphone. // © Photo fournie par le témoin.

Si vous appelez Magali à son travail, elle vous répondra presque instantanément et il est peu probable que vous deviniez qu'elle souffre de surdité profonde. "Une affection diagnostiquée à l'âge de 3 ans", explique la jeune femme. "J'ai perdu 99 % de perception auditive. J'utilise principalement la lecture labiale pour communiquer en face-à-face". Car, pour réaliser son travail, Magali doit beaucoup échanger avec les différents services et branches de l'entreprise pour récolter les chiffres et bâtir des indicateurs sociaux qui aideront la direction à piloter les ressources humaines de l'entreprise.

L'usage du téléphone pour une personne souffrant de surdité reste compliqué. Mais des outils existent. Magali a convaincu son entreprise d'aménager son poste de travail et d'investir dans une plate-forme, Tadeo, qui délivre une prestation de transcription de la parole en temps réel et de visioconférence en langue des signes. "Concrètement, une personne me sous-titre en temps réel les propos de mon interlocuteur, ce qui me permet de correspondre instantanément au téléphone avec lui", explique Magali. La jeune femme bénéficiait de cet outil dans son précédent poste de contrôleur de gestion au sein de l'entreprise Vinci Autoroutes. "J'avais découvert ce service en faisant des recherches sur Internet pour assurer mon employabilité et j'avais convaincu mon premier employeur que cet outil m'était indispensable pour travailler correctement".

Quelques semaines après son arrivée chez Carrefour Supply chain, Magali persuade sa nouvelle entreprise d'adapter son poste en le dotant de cet outil : "J'en ai parlé à mon manager et à Élodie Bleinc, la responsable santé, sécurité au travail et handicap chez Carrefour".

Passionnée de ressources humaines, la jeune femme s'est d'abord engagée dans la filière comptable. Mais après son diplôme de comptabilité et gestion (DCG, bac+3), elle rejoint une école privée Sup des RH et obtient un titre certifié RNCP de niveau 1 de manager en ressources humaines. "J'estime avoir trouvé un bon compromis en travaillant au contrôle de gestion et sur les politiques de rémunération : je reste dans les ressources humaines", se félicite-t-elle. Magali considère qu'elle n'a pas souffert de son handicap dans sa recherche d'emploi : "Je ne le mentionnais pas sur mon CV mais je ne le cachais pas en entretien de recrutement. J'ai plutôt le sentiment d'avoir été traitée comme tout le monde".

Bilal, auditeur financier chez Deloitte : "Je bénéficie de temps supplémentaire en compensation de mon handicap"

Malvoyant, Bilal, 25 ans, a été recruté en CDI par Deloitte en mai 2017 comme auditeur financier. // © Étienne Gless

Tour Majunga, à La Défense. Costume anthracite, chemise blanche immaculée, cravate impeccablement nouée : pas de doute, nous sommes dans le monde de l'audit, et Bilal, 25 ans, est bien un homme du chiffre ! Bilal travaille au 22e étage et exerce le métier d'auditeur financier chez Deloitte, un grand cabinet. Signe particulier : il est malvoyant. "Je souffre de dyslexie rétinienne, une maladie génétique. Je ne vois ni de loin, ni de près... ni sur les côtés !", explique, avec humour, le jeune comptable qui vient chaque matin de Villiers-le-Bel par le RER A et D. "Une heure de trajet matin et soir. Dans les transports en commun, c'est compliqué. Et, dans les rues de Paris, les vélos ne s'arrêtent pas aux feux rouges et je manque de me faire écraser", remarque Bilal. "Ma maladie s'est développée à la puberté. Au début du collège, j'étais encore autonome mais, en fin de seconde, je ne voyais même pas le tableau".

Comme auditeur financier, Bilal travaille aujourd'hui à la certification des comptes des sociétés en collaboration avec des commissaires aux comptes. Un métier qui exige de manier des chiffres mais aussi d'être en contact avec les clients sur le terrain. "Je travaille souvent chez le client, des sociétés d'une taille importante dans le secteur de la banque, de la finance ou des assurances".

C'est son père, chef d'entreprise, qui a suggéré à Bilal de devenir expert-comptable. "Mais dans mon lycée à Sarcelles, on me disait que comptable, ce serait trop difficile pour moi, compte tenu de mon handicap", se souvient Bilal. Néanmoins, en terminale, au moment de formuler ses vœux sur APB, Bilal est mis en relation avec Guilène Bertin, commissaire aux comptes et responsable de la fondation d'entreprise Deloitte pour l'éducation et le développement solidaire. "Nous avons aidé Bilal à rendre son rêve pragmatique. Loin de le dissuader, nous l'avons accompagné dans ses projets professionnels et facilité son intégration", explique Guilène Bertin.

"Nous avons pris Bilal en stage chaque année depuis sa première année. Et il a réussi ses études haut la main !", se réjouit la commissaire aux comptes. Diplôme de comptabilité et gestion (DCG, bac+3) au lycée Turgot à Paris, le master Comptabilité contrôle audit (CCA) à l'université Paris-Ouest-Nanterre, diplôme supérieur de comptabilité et gestion (DSCG, bac+5)... Bilal, désormais embauché en CDI, espère bien devenir expert-comptable dans trois ans avec l'obtention de son diplôme d'expertise comptable (DEC, bac+8).

Aujourd'hui, dans son entreprise, pour le travail sur ordinateur, Bilal utilise Jaws, un logiciel lecteur d'écran spécialement conçu pour déficients visuels qui retranscrit par synthèse vocale ou sur un afficheur en braille ce qui est écrit sur l'écran. "L'entreprise m'accorde aussi plus de temps que les autres pour faire le travail même s'il y a des délais très stricts à respecter. Cela soulage beaucoup psychologiquement quand on est handicapé. Je peux travailler plus sereinement sans stresser d'être pris par le temps".

Outre l'humour, Bilal cultive une excellente mémoire auditive : "Je comprends très vite. J'ai réussi mes études sans voir ni écrire. Au lycée, j'arrivais à suivre un raisonnement de maths ou de physique-chimie à l'oral sans prendre de notes". Une mémoire qui l'aide à réussir.

Travail et handicap : quelles sont les obligations des entreprises ?

Tout employeur d'au moins 20 salariés est tenu de recruter des personnes en situation de handicap dans une proportion de 6 % de l'effectif total de son entreprise. L'obligation d'emploi concerne tous les salariés du secteur privé ou public, qu'ils soient en CDI, en CDD, en intérim, à temps complet ou non, en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation.

 

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